Le phare du mois :


 
 

Prévention et Sécurité : Peut-on faire abstraction du niveau de développement des pays ?

"L'expérience ne peut enrichir que si elle est partagée" Proverbe arabe

 

C'est avec la citation de ce proverbe lancé par M. Fares Ouzegdouh, Directeur Général de Bejaia Mediteranean Terminal (BMT), que s'ouvrit le séminaire organisé par la Joint Venture Singapouro-algérienne sur la sécurité portuaire et des équipements de manutention, objet de notre dossier du mois (lire P. 8 à 15).
Au cours de cette rencontre à laquelle furent conviés d'éminents experts internationaux et nationaux ainsi que des professionnels des ports et autres activités des transports, on apprend qu'en matière de sécurité l'expérience commence avec l'acquisition d'un équipement professionnel donné, battant ainsi en brèche l'idée reçue selon laquelle l'achat ou le renouvellement d'un bien constitue une fin en soi.
A travers de multiples exemples cités et d'images choquantes présentant des dommages de toutes sortes subis dans les ports et autres chantiers, ayant pour cause les défaillances des équipements et des hommes qui les utilisent, on se rend compte en effet que le partage de l'expérience devient de nos jours une donnée fondamentale.
Il ressort également que le retour et le partage d'expérience n'est pas l'apanage seulement des experts mais l'affaire de tout un chacun pour peu que les faits rencontrés et toutes les observations additionnées soient répertoriés pour servir d'indicateurs de gestion depuis la base jusqu'au sommet de la hiérarchie, à l'effet de préparer des manuels de sécurité, de procédures, etc.
Aujourd'hui, les opérations portuaires, comme toutes celles qui se déroulent sur de grands chantiers, font appel à des équipements destinés à manipuler des charges de plus en plus lourdes qui ne pardonnent pas en cas d'accidents...
Avec la massification des moyens de transport, nous sommes loin, disent les experts, de l'époque du portefaix qui portait sur son dos des charges de 50 kgs.
En effet, les temps changent et les dizaines de dockers employés autrefois pour le chargement et le déchargement d'un navire sont remplacés désormais par des portiques géants susceptibles de soulever des charges moyennes de 40 T et plus avec des rotations de fractions de minutes...
Ce sont les besoins de productivité sans cesse croissants et les nouveaux équipements de plus en plus grands et sophistiqués qui font courir de nouveaux risques sur les chantiers, lesquels appellent de nouvelles règles de sécurité pour prévenir les accidents et leurs conséquences.
Mais si les règles de sécurité ne sont pas respectées et n'obéissent pas à des normes (Matrix, Iso, etc.), toutes les mesures de prévention prises ne serviraient à rien.
Voilà la première conclusion à laquelle ont abouti les séminaristes, au cours de la première journée d'étude.
Puis on apprend également à travers les différentes interventions que les opérateurs se plaignent souvent de la fiabilité des équipements.

Pourquoi se plaindre de la qualité des équipements quand ceux-ci et leurs installateurs n'ont pas été certifiés, les conducteurs pas suffisamment formés, la technologie et le progrès qu'elle est supposée apporter, pas assez maîtrisée?
Le cas du twist lock placé par n'importe qui sur des remorques plateau ou sur des engins d'élevage a été évoqué, pour l'exemple.
Pourquoi s'étonner dans ces conditions que les camions "lâchent" des conteneurs qui viennent faucher sur leur passage des véhicules transportant des voyageurs ?
La maintenance, l'achat de pièces détachées d'origine, les principes de sécurité retenus, les manuels de sécurité et de procédure, les Safety Management System, les documentations et recommandation HSE, etc., n'ont de sens, nous dit-on, que par l'implication de tout le monde, de la base au sommet des hiérarchies...
Ainsi, les aspects de prévention, d'assurances, de formation et de mise à niveau, de manuels de toutes sortes, etc., sont revenus au cours de ces deux journées comme un leitmotiv pour dire que les connaissances, comme les technologies, à peine acquises, doivent être revues et adaptées constamment...
En guise de conclusion finale, un intervenant disait en la matière que la sécurité est une affaire de culture où chacun est responsable de sa sécurité et celle des autres et d'ajouter "la culture, il ne suffit pas d'en parler, il faut la créer... ".
Comment "passer du dire au faire", était le titre de notre dernier édito.
Mais, comment continuer à faire l'impasse sur la sociologie, sciences des institutions, de leurs origines et de leurs modes de fonctionnement, dont Fustel de Coulanges, disait grosso modo de celles de Grèce et de Rome (ouvrage sur la "Cité antique") que les "faits sociaux exercent une influence coercitive sur les personnes... à travers des institutions existantes qui résistent aux siècles...".
Partant de ce postulat, nous voilà revenu à l'origine du mot culture qui signifie tout simplement "civilisation", entendue dans son acception de "progrès", caractérisé aujourd'hui par l'idée d'atteindre un certain niveau de développement pour être au diapason...
Voilà un bon sujet de thèse pour nos étudiants de sociologie qui nous apprendront sans doute que la prévention, comme la maîtrise de la sécurité, est intimement liée au niveau culturel, civilisationnel et de développement d'un pays...

Kamel Khélifa

 

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